Greffe cardiaque : valve mitrale
Musique de fond : "C'est le coeur", l'une des nombreuses reprises de Sheila extraite de l'album "Juste comme ça".... Je n'aime pas particulièrement ce titre... ni cette chanteuse, mais ça parle de coeur... j'essaierai plus tard de trouver mieux, et si vous pensez à quelque chose, proposez... Merci.
Je continue ma série dans la catégorie "Santé : divers"...
Mais ne vous méprenez pas, je ne fais pas ça pour me répandre ou me faire plaindre (j'ai horreur de ça, je ne veux surtout pas qu'on me prenne en pitié car comme j'ai souvent entendu dire, il y a toujours plus malheureux que soi !). Sur ce dernier point, pour ma part, franchement, j'ose dire que même si je compatis ce n'est pas ça qui me réconforte mais ça permet de relativiser.
Mon but est toujours le même, faire partager l'expérience d'un vécu en espérant que cela pourra aider certaines personnes à traverser la même épreuve.
Il y a déjà 13 ans, j’avais alors 43 ans, j’ai eu le cœur déchiré. Il n’y a pas d’âge pour ce genre d’histoires mais si l’on considère que je suis mariée depuis 32 ans avec le même homme et qu’il est l’homme de ma vie, vous vous demandez comment j’ai pu avoir le cœur brisé. Tout simplement parce qu’il ne s’agit pas d’une histoire d’amour mais de santé.
Comme toute femme ayant une activité professionnelle à temps complet, entre le travail, l’entretien de la maison et les indispensables loisirs pour ne pas s’abrutir au travail, j’avais une vie très active.
Ainsi, j’ai passé des mois à ressentir une fatigue grandissante mais sans vraiment m’en inquiéter. Ce n’est que le jour où j’ai pris conscience que je ne pouvais plus rien faire sans être essoufflée que je me suis enfin décidée à en parler à mon médecin traitant.
C’était une bonne idée car le cardiologue m’annonça que ma valve mitrale était déchiquetée et que je devais être opérée dès que possible.
Petit cours d’anatomie : la valve mitrale est un petit clapet situé entre l’oreillette et le ventricule gauche du cœur (vous visualisez ?), elle s’ouvre et se referme afin de laisser passer le sang. Bon j’arrête là car après je dirais sûrement des bêtises. Donc, mon clapet laissait passer trop de sang et du coup mon ventricule gauche était sur le point d’éclater. Je rigole pas, d’ailleurs le cardiologue qui plaisante toujours, ce jour-là en voyant les dégâts, il ne riait pas trop !
Il a été rassurant, néanmoins, comme tout spécialiste, un peu avare de précisions, forcément, ces gens-là, ils voient des malades tous les jours et pour eux c’est de la routine….. Selon ses propres mots, une opération du cœur est moins risquée que celle de l’appendice. Je veux bien, mais j’avais quand même du mal à y croire !!
Le pire c’est encore l’attente car on sait qu’il faut éviter de faire trop d’efforts, évidemment on ne tient pas à ce que ça éclate ! L’hôpital devait m’appeler quand le chirurgien serait disponible : j’ai attendu 4 mois, il y a toujours des urgences, des cas plus graves….
Le téléphone a sonné deux jours avant Noël. D’accord j’étais pressée, mais dans l’état d’esprit où j’étais (je n’étais, malgré un bon moral, pas certaine d’en revenir !) je préférais quand même passer les fêtes de fin d’année à la maison entourée de ma petite famille.
Hospitalisée le 2 janvier au matin, j’ai été la première greffée de l’année. Vous connaissez la série « urgences » avec gros plan sur le thorax du blessé : bistouri, scie, écarteur et on attaque ! Pour une opération programmée, avant il faut aussi arrêter la circulation du sang dans le cœur, c’est une machine qui sert de pompe, enfin tout ça est trop technique pour moi et je ne voulais pas trop en savoir. Ce que je sais c’est qu’ils m’ont scié le sternum, etc….
Après, je me souviens d’un instant de panique en salle de réveil, branchée de tous les côtés (hé oui !) mais le personnel est très vigilant et surtout je suis vite retombée dans le néant de l’inconscience.
Forcément quelque six heures d’anesthésie ça laisse des vapeurs ! Puis deux jours en soins intensifs, là aussi sous calmant donc pas de douleur.
Une exception cependant lorsqu’on enlève les deux drains au bas de la cicatrice, mais le cardiologue m’avait prévenue : "c’est le seul moment où vous aurez mal !". Vous savez quoi, il avait presque raison. On vous laisse sous calmant le temps nécessaire, bien sûr tout n’est pas rose, mais quand vous imaginez le triturage qu’ils ont fait, je vous assure ce n’est rien comparé à ce que l’on peut croire.
En fin de compte, il n’y a que 5 jours d’hospitalisation. Après, vous partez dans un établissement de rééducation. J’étais à Lège Cap Ferret : air marin, pins, chambre agréable avec vue sur le parc (le grand luxe **** version hôpital).
J’en ai gardé deux vrais mauvais souvenirs : le soir de mon arrivée, je devais me rendre à la salle à manger avec tous les malades. Quand j’ai regardé autour de moi et que je me suis vue entourée par des gens dont le plus jeune devait avoir 60 ans bien sonnés, ça m’a donné un petit coup au moral et j’ai éclaté en sanglots… L’éternel refrain : pourquoi moi avec mes 43 ans, ça aurait pu attendre que j’ai leur âge ? Et je suis repartie en pleurant dans ma chambrette…. Mais bon, le personnel soignant m’a dit que c’était normal de craquer. C’est vrai que j’étais un peu jeune car la moyenne d’âge des opérés cardiaques est de 65 ans.
Le deuxième ce sont les trois piqûres par jour, dans le ventre (afin d’obtenir un effet plus rapide du produit) agrémentées d’une prise de sang tous les deux jours et un électrocardiogramme tous les matins. Au bout de 3 semaines, mon ventre était admirable par la multitude de couleurs qui s’y mélangeaient.
Tout ceci a bien entendu un but. Après l’opération la valve greffée étant un engin mécanique en ferraille (la mienne est à ailettes et elle a même un petit nom : Saint-Jude) , le moindre caillot de sang peut la bloquer, donc à éviter.
C’est pourquoi la plupart des cardiaques sont sous anti-coagulants et ne doivent jamais les arrêter. Je vais vous apprendre quelque chose (enfin à certains), vous avez un taux de prothrombine (T.P.) de 70 % (grosso-modo ça représente la fluidité normale du sang) et le mien doit rester entre 20 et 35 %. Trop haut, je risque le caillot et trop bas l’hémorragie, notamment dans ma petite cervelle (ça porte un nom : embolie je crois et là pas de remède !).
C’était donc le rôle des piqûres de garder le sang fluide. Peu à peu, elles sont remplacées par des comprimés, mais il faut bien surveiller car il est capricieux ce sacré T.P., il suffit de manger trop d’aliments contenant des vitamines K (qui épaississent le sang) pour qu’il se dérègle.
Afin d’obtenir un taux idéal de 27 %, il suffit de prendre tous les jours à la même heure (gare à un oubli qui pourrait être très ennuyeux : les premiers mois, mieux vaut se munir d’une montre avec alarme !) sa dose d’anti-coagulant (pour moi, ce sera la plupart du temps, 1 comprimé 1/2 . Merci !). De plus, tous les mois une prise de sang est nécessaire pour vérification.
... et en ce moment, je suis "déréglée", je prends donc 1 comprimé + 1/4 un jour et 1 + 1/2 le lendemain, c'est un peu galère car avec ma tête d'oiseau-mouche je suis obligée de noter pour me souvenir de ce que j'ai pris la veille ! De plus, je dois faire faire une prise de sang par semaine pendant un mois pour savoir si ça se stabilise à nouveau...
Donc la semaine prochaine, je vous tiendrai au courant de mon TP ! Quand je vous dis que ma vie est passionnante et trépidante !
Pour simplifier, il existe des similitudes avec l’hémophilie. De ce fait, toute intervention chirurgicale doit être précédée d’un séjour en milieu hospitalier afin de rétablir un TP d’environ 70 % évitant tout risque hémorragique, pendant ce temps, ô joie, vous retrouvez les bonnes vieilles piqûres dans le ventre.
Dans les conséquences fâcheuses il y a aussi le risque d’infection car la valve est très sensible. Dès que l’on a un quelconque virus, devinez quoi, il va se coller sur elle et essayer de la détruire (elle n’est pas entièrement en ferraille). Alors, pour le moindre rhume, je suis sous antibiotiques, idem avant une visite chez le dentiste, même pour un simple détartrage ou tout autre acte "invasif".
Il faut d’ailleurs gardé cette précaution indispensable à l’esprit car mon cardiologue m’a prévenue que la plupart de ses confrères spécialisés dans d’autres disciplines n’accordent pas assez d’attention à ce qui pour eux, n’est qu’un détail. Donc c’est à moi, lorsque je consulte un médecin et qu’il me parle d’un quelconque examen, de lui demander exactement en quoi ça consiste et de le prévenir le cas échéant que je dois au préalable être placée sous antibiotiques.
Là où ça se complique, c’est s’il n’en voit pas la nécessité car je dois alors lui demander de contacter mon cardiologue et j’ai eu affaire à l’un de ces « manitous » trop imbu de sa compétence pour vouloir s’y abaisser… Il n’a pas téléphoné même s’il a tout de même fini par céder "pour calmer mes appréhensions idiotes"… mais ceci est une autre histoire !
Mais ce n'est que broutilles comparé à la lourdeur de l’opération. Heureusement, la Science fait des progrès, il existe une équipe à Toulouse qui pratique ce type d’opération en faisant une simple incision entre les côtes. Donc, pour la prochaine, je descends à Toulouse !
J’ai pu reprendre une vie normale après seulement 9 mois d’arrêt de travail, y compris les 4 mois d’avant opération. Aujourd’hui, j’ai un cœur neuf. Je dois passer au "contrôle technique" tous les 6 mois.
J’allais oublier, ce qui a aussi été difficile c’est pour dormir. Ma position préférée c’est sur le côté et sur le ventre ! Mais avec une entaille sur la poitrine de 25 centimètres, le sternum rafistolé... je crois que c’est lui le coupable, la peau cicatrise assez facilement, les chairs se ressoudent, mais lui c'est moins évident !
On ne m’a jamais donné de vraies explications à ce sujet. J’ai vu, sur des radios qu’il y a un genre d’agrafes pour le tenir en place, je pense que c’est elles qui me faisaient mal. Toujours est-il que la moindre glissade sur le côté provoquait une vive douleur.
Quelques mois plus tard, la douleur étant moins vive, lorsque les vieilles habitudes me poussaient à me tourner, après quelques minutes, le réveil était encore très rude, à cette époque, la douleur était moins vive mais sourde et tenace. Ainsi j’ai pris l’habitude de dormir sur le dos !
Si un jour vous rencontrez quelqu’un qui doit subir une telle opération, racontez lui ma petite histoire de cœur rafistolé, ça pourra l’aider car malgré quelques inconvénients facilement gérables, somme toute, ça ne vaut pas d’en faire toute une histoire…. comme je viens de le faire !!
Pour finir une note marrante : ma petite Saint-Jude, elle est en ferraille donc elle fait plus de bruit qu’un de ces vieux réveils dont vous avez sûrement le souvenir, sinon demandez à votre grand’mère.
Vous allez me dire que c’est pas marrant. C’est vrai, au début, ça empêche un peu de dormir, surtout le pauvre mari d’ailleurs….
Quand vous êtes devant une surface vitrée ça amplifie le bruit et dans un lieu public, c'est là que ça peut devenir amusant de voir les gens chercher d’où vient ce bruit, peu à peu les yeux se braquent sur vous : le poignet (pas de montre), le sac à main : ça ne vient pas de là, plus haut… et pour peu que vous ayez un vêtement ample, ils ne sont pas loin de verdir puis de crier "alerte à la bombe !"………
En conclusion, je reviens tout de même sur mon introduction où je disais que cette histoire de cœur n’est pas une histoire d’amour. Mais l’amour avait aussi sa place dans tout ceci. En effet, si j’ai traversé ces heures difficiles aussi facilement c’est grâce à l’amour de ma famille qui m’a permis de tout relativiser et de ne penser qu’à l’avenir qui serait forcément meilleur !...........
Maintenant, faites moi plaisir, ne soyez pas timide !
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